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Festina Lente

Outil

Décrire un exemplaire

Quinze étapes pour décrire un livre ancien, de la page de titre à la reliure, avec un exemple et un renvoi au cahier pour chacune.

Cette fiche guide la description complète d'un livre imprimé ancien, du premier coup d'œil à la notice rédigée, en suivant la grille du cours de Malcolm Walsby. Chaque étape dit où regarder, ce qu'on note et le piège à éviter, donne un exemple tiré du cours, et renvoie au cahier qui l'explique.

Elle suit la distinction qui structure tout le site : l'édition (partie A), commune à tous les exemplaires d'une même composition, puis l'exemplaire (partie B), propre à ce livre-là.

Avant de commencer

Prévoir une lampe ou une table lumineuse (pour les filigranes et les lignes de chaînette), une règle souple en centimètres, un crayon à papier, jamais de stylo près d'un livre ancien, et la fiche vierge imprimée.

  1. Feuilleter tout le livre sans rien noter, pour repérer les parties (pièces liminaires, texte, tables, pièces finales) et les anomalies évidentes.
  2. Décrire l'édition, en commençant par la page de titre.
  3. Relever la structure matérielle cahier par cahier : c'est l'étape la plus longue.
  4. Décrire l'exemplaire, de l'extérieur (reliure) vers l'intérieur (gardes, marges, annotations).
  5. Chercher l'édition dans les catalogues, pour compléter et vérifier ce qu'on a observé.

On décrit d'abord ce qu'on a sous les yeux, puis on compare au catalogue ; dans l'autre sens, on finit par voir ce que le catalogue annonce plutôt que ce que l'exemplaire montre.

Partie A — L'édition

Ce que l'exemplaire partage avec tous ceux de la même composition : on décrit l'édition « idéale », telle que l'imprimeur a voulu la produire.

1

Les responsabilités

Où regarder
La page de titre d'abord, puis les pièces liminaires (dédicace, avis au lecteur) et le colophon.
Ce qu'on note
L'auteur principal et les auteurs secondaires, le traducteur, l'éditeur scientifique, l'annotateur ou commentateur. On écrit « pas de mention » quand une responsabilité n'apparaît pas, plutôt que de laisser la case vide. Un lien vers une notice d'autorité (BnF, CERL Thesaurus, VIAF) lève les ambiguïtés de noms latinisés.
Piège à éviter
Le nom imprimé est souvent latinisé ou abrégé : on le transcrit tel quel, puis on donne la forme retenue par les fichiers d'autorité.

Exemple

Les noms imprimés sont souvent latinisés : l'humaniste Aonio Paleario signe en latin Aonius Palearius. On transcrit la forme imprimée, puis on donne la forme retenue par les fichiers d'autorité.

Pour aller plus loin : Cahier VIII, Les acteurs du livre Ressources : les acteurs du livre

2

Le titre

Où regarder
La page de titre ; à défaut, le titre de départ en tête du texte, le titre courant en haut des pages ou le colophon.
Ce qu'on note
Le titre littéral : on transcrit la page de titre telle qu'elle est, sans la couper, en respectant l'orthographe et la ponctuation, en adaptant l'alphabet (ſ long en s) et en développant les abréviations entre crochets. Le titre standardisé : la forme courte sous laquelle on cite l'ouvrage, prise au titre courant ou au titre de départ, sinon forgée.
Piège à éviter
Sans page de titre, comme dans la plupart des incunables, on indique d'où vient le titre retenu, ou on le place entre crochets s'il est forgé.

Exemple

Transcription diplomatique, ligne par ligne, du début d'une page de titre de 1551 :
[Fleuron] CEST LA DEDV- || ction du sumptueux ordre plaisantz spe- || CTACLES ET MAGNIFIQVES THEATRES || DRESSES, ET EXHIBES PAR LES CITOI- || ens de Rouen […]

Pour aller plus loin : Cahier VII, La page de titre

3

L'adresse

Où regarder
Le pied de la page de titre (lieu, libraire, date), le colophon à la fin du texte, le privilège.
Ce qu'on note
En distinguant l'impression et la publication : le lieu (tel qu'imprimé, puis sous sa forme actuelle), la date (telle qu'imprimée, puis en chiffres arabes), l'imprimeur, l'éditeur commercial, avec leur adresse ou leur enseigne quand elle est donnée.
Piège à éviter
L'adresse peut être fausse (« À Cologne, chez Pierre Marteau ») ou différer du colophon ; on note les deux. Une date peut se cacher dans un chronogramme : on additionne les lettres-chiffres, souvent imprimées plus grandes. Si le livre n'est pas daté, on recoupe les indices des étapes suivantes (format et papier, typographie, ornements).

Exemple

Une adresse partagée entre plusieurs libraires, transcrite sous forme normalisée :
La Haye : Pierre Gosse et Jean Neaulme, et Amsterdam : Balthazar Lakeman, 1729

Pour aller plus loin : Cahier VII, L'adresse et les chronogrammes Cahier XI, Dater un livre par ses indices

4

Les pièces liminaires et les notes d'édition

Où regarder
Les feuillets entre la page de titre et le début du texte, puis la fin du volume.
Ce qu'on note
Pour chaque pièce, sa présence ou son absence et sa place : dédicace (à qui, signée par qui), privilège (bénéficiaire, durée, date), approbation (par qui, quand), colophon, mentions d'édition (« seconde édition », « revue et augmentée »), errata, avis au lecteur, registre.
Piège à éviter
Les pièces liminaires sont imprimées en dernier, souvent sur des cahiers à part (π, astérisques) ; leur absence peut être un défaut de l'exemplaire et non une particularité de l'édition. La formule de collation permet de trancher.

Exemple

Chez Winckelmann (1766), tout ce qui précède le texte tient dans un cahier non signé (π2) et quatre cahiers signés d'astérisques, paginés à part en chiffres romains (LVI p.) ; le texte commence au cahier A. La pagination [4] LVI 360 p. et la collation se confirment l'une l'autre.

Pour aller plus loin : Cahier VII, Autour du texte

5

Le format

Où regarder
Une feuille du texte, devant une source de lumière.
Ce qu'on note
Le format, déduit en croisant trois indices : le sens des lignes de chaînette, la position du filigrane et le nombre de feuillets par cahier. La hauteur en centimètres se note à part.
Piège à éviter
La taille du livre ne donne pas le format : un in-8° peut mesurer de 15 à 23 cm.
FormatLignes de chaînetteFiligraneFeuillets par cahier (cas courant)
In-folioverticalesentier, au centre d'un feuillet2, ou plus quand les feuilles sont emboîtées
In-4°horizontalescoupé en deux, à cheval sur la pliure4
In-8°verticalesfragment, dans un angle du feuillet8
In-12horizontalesfragment, selon l'imposition12, ou 8 et 4 en alternance

Exemple

Paleario (1536) : in-8°, en cahiers de 8 feuillets. Sainct Nigaise ([1628]) : in-12, en cahiers alternativement de 8 et 4 feuillets.

Pour aller plus loin : Cahier III, Les formats (planche animée du pliage) Cahier II, Le papier

6

La pagination ou la foliotation

Où regarder
Les numéros imprimés en haut des pages ou des feuillets, du premier au dernier.
Ce qu'on note
La numérotation, séquence par séquence, avec « p. » ou « f. ». Les pages ou feuillets non numérotés se comptent et se notent entre crochets ; une erreur se corrige à la suite, entre parenthèses.
Piège à éviter
Les pages blanches et le verso de la page de titre comptent ; les planches hors texte se notent à part (« 3 pl. »).

Exemple

Paleario : 87 [1] p. — Sainct Nigaise : [5] 98 (=99) f. — Winckelmann : [4] LVI 360 p.

Pour aller plus loin : Cahier III, Foliotation et pagination

7

La formule de collation

Où regarder
Le pied des premiers feuillets de chaque cahier, où sont imprimées les signatures.
Ce qu'on note
La suite des cahiers avec leur nombre de feuillets en exposant, les feuillets non signés (π, χ), les feuillets ajoutés, retirés ou remplacés (+, −, ±), puis le nombre de feuillets signés et la nature des chiffres.
Piège à éviter
L'alphabet des signatures a 23 lettres (I = J, U = V, sans W). Un cahier signé de travers se signale dans la formule, pas en note libre.

Exemple

Paleario : a-e8 f4 [$5, $3 arab. sign.]. Le calculateur de signatures recompose cette formule et vérifie qu'elle donne bien les 88 pages relevées.

Ouvrir dans le calculateur : Paleario, 1536 Sainct Nigaise, [1628] Winckelmann, 1766

Pour aller plus loin : Cahier III, Les signatures Calculateur de signatures

8

Les empreintes

Où regarder
Le bas de quelques pages précises (empreinte LOC) et les lignes au-dessus des signatures (empreinte STCN).
Ce qu'on note
L'empreinte LOC : quatre groupes de quatre caractères, le chiffre qui indique d'où viennent les deux derniers groupes, puis la date. Si possible, l'empreinte STCN : l'année et le format, puis les caractères au-dessus de la première et de la dernière signature de chaque partie.
Piège à éviter
On compte les espaces et la ponctuation ; dans un texte en colonnes, on prend la colonne la plus proche de la marge.

Exemple

Deux éditions des Essais de Montaigne : Leyde, 1602, r?i- d-l- n.is gegi (3) 1602 (R) ; Paris, 1604, r?ur del- n.is gegi (3) 1604 (A). Empreintes différentes : deux compositions distinctes.

Pour aller plus loin : Cahier VIII, Les empreintes

9

La typographie

Où regarder
Le texte courant, les titres, les pièces liminaires et les notes, à la loupe si besoin.
Ce qu'on note
La famille de caractères (gothique, romain, italique, civilité ; pour un romain : humane, garalde, réale, didone), décrite avec le vocabulaire de la lettre : axe, ouverture du « e », empattements, contraste des pleins et déliés. On ajoute les autres alphabets (grec, hébreu…), l'usage de l'italique, des ligatures et des abréviations, et la mesure de 20 lignes en millimètres.
Piège à éviter
Un caractère reste en usage longtemps après sa création : la typographie donne une fourchette de dates, pas une date.

Pour aller plus loin : Cahier VI, Décrire un caractère Cahier VI, Mesurer Cahier XI, Dater un livre par ses indices

10

Les illustrations

Où regarder
Toutes les images, dans le texte et hors texte, y compris au verso et au revers des feuillets.
Ce qu'on note
Pour chacune : sa place, ses dimensions en centimètres, son sujet, la signature du dessinateur ou du graveur s'il y en a une, et la technique. Une gravure en relief (bois) s'imprime avec le texte ; une gravure en creux (cuivre) s'imprime à part et laisse la cuvette de la plaque.
Piège à éviter
Une planche hors texte peut manquer ou avoir été ajoutée : on vérifie sa place avec la collation.

Pour aller plus loin : Cahier V, L'image imprimée

11

Les ornements

Où regarder
Les débuts de chapitres, les fins de sections, la page de titre.
Ce qu'on note
Lettrines, bandeaux, culs-de-lampe, fleurons, marque d'imprimeur : leur place et, si possible, leur identification. Ces bois passaient d'un atelier à l'autre et aident à attribuer une édition sans adresse.

Pour aller plus loin : Cahier VII, Le corps du texte Ressources : caractères et ornements

12

Les références bibliographiques

Où regarder
Les catalogues collectifs et les bibliographies nationales, une fois la description faite.
Ce qu'on note
La notice de l'édition dans les catalogues de référence (USTC ; GW ou ISTC pour un incunable ; VD16, VD17, EDIT16, ESTC, STCN selon le pays), avec son numéro, et un exemplaire numérisé si l'on en trouve un.
Piège à éviter
Une notice peut décrire une autre édition au même titre : on la confirme par l'empreinte, la collation et la pagination, et on signale les différences.

Exemple

Les trois livres décrits dans le cahier III sont numérisés sur Gallica : Paleario, Sainct Nigaise, Winckelmann.

Pour aller plus loin : Ressources : trouver une édition Cahier VIII, Édition, émission, état

Partie B — L'exemplaire

Ce qui n'appartient qu'à ce livre-là : son histoire, ses lecteurs, sa reliure, son état.

13

Les provenances

Où regarder
Dans cet ordre : la reliure (armoiries, chiffres), les tranches, les contreplats et les gardes (ex-libris collé, cote, notes de libraire), la page de titre et le premier feuillet du texte (ex-libris manuscrits, tampons), puis toutes les marges.
Ce qu'on note
Chaque marque : sa nature, sa place et sa transcription exacte ; puis l'identification du possesseur et ses dates, quand on y parvient. On termine par la chaîne des possesseurs, du plus ancien au plus récent.
Piège à éviter
Un ex-libris gratté se lit souvent en lumière rasante. La langue d'une note ne dit pas la nationalité du possesseur.

Exemple

Deux ex-libris manuscrits, transcrits puis traduits : Nicolaus Lhuillier me possidet (« Nicolas Lhuillier me possède ») ; Ex libris Leonardi de Villa emptus 6 libris turon[ensibus] (« des livres de Léonard de Villa, acheté 6 livres tournois »).

Pour aller plus loin : Cahier X, Les marques de provenance Cahier X, Déchiffrer les formules Ressources : retracer une provenance

14

Les annotations et l'état

Où regarder
Les marges, les gardes, les contreplats ; le corps des cahiers pour les manques.
Ce qu'on note
Les traces de lecture (soulignements, manicules, notes marginales, index ajoutés) avec leur langue et leur date approximative ; les ajouts et manques propres à l'exemplaire (feuillets arrachés, passages censurés, pièces reliées avec) ; l'état de conservation (mouillures, rousseurs, trous de vers, restaurations).
Piège à éviter
Un feuillet absent de cet exemplaire se décrit ici, pas dans la formule de collation, qui décrit l'édition idéale.

Pour aller plus loin : Cahier I, Édition et exemplaire

15

La reliure

Où regarder
Le dos, les plats, les coins, les tranches, puis l'intérieur des plats et les gardes.
Ce qu'on note
Dans l'ordre de la grille du cours : la structure (nerfs, écart et taille, chaînettes, tranchefiles, couture si visible) ; les gardes ; les plats (bois ou carton) ; la couvrure (matière et traitement) ; le décor (à froid ou doré, fers, roulettes ou plaques, style) ; le dos (caissons, décor, titre) ; les tranches et les accessoires (fermoirs, lacets, signets) ; l'état (d'origine, restaurée, refaite).
Piège à éviter
La reliure peut être bien plus tardive que l'édition. Un titre au dos aux lettres parfaitement alignées, frappées au composteur, sur un livre du XVIe siècle signale une reliure refaite.

Pour aller plus loin : Cahier IX, Décrire une reliure Ressources : décrire une reliure Cahier XI, Dater un livre par ses indices

Trois exemples du cours

Les trois livres numérisés étudiés dans le cours, relevés pour la partie A. La partie B se relève sur l'exemplaire lui-même : elle ne peut pas se faire d'après une numérisation.

Paleario, 1536Sainct Nigaise, [1628]Winckelmann, 1766
ÉditionAonio Paleario, De Animorum immortalitate, Lyon, Sébastien Gryphe, 1536La vie et martyre de Sainct Nigaise…, Rouen, Pierre Le Locu, [1628]Johann Winckelmann, Histoire de l'art chez les anciens, Paris, Saillant, 1766
Formatin-8°in-12in-8°
Pagination87 [1] p.[5] 98 (=99) f.[4] LVI 360 p.
Formule de collationa-e8 f4 [$5, $3 arab. sign.]A-R8-4 [$4, $2 arab. sign.]π2 **-***8 ****4 *****8 A-Y8 Z4 [$5, $3, $5, $3 arab. sign.]
Empreinte LOCtite r.se .719 sipa (3) 1536euu- m-f- m-es mode (3) [1628]ê-a- nede ures l'LE (3) MDCCLXVI
Empreinte STCN153608 - b1 a2 n$ea : b2 f3 aethe[1628]12 - b1 A2 ans : b2 R4 n,$f176608 - a1 ** lie : a2 *****5 ment$reproch - b1 A $ : b2 Z3 .$Ca
NumérisationGallicaGallicaGallica
Calculateurouvrir l'exempleouvrir l'exempleouvrir l'exemple

La fiche vierge

Deux pages A4 à imprimer et à remplir au crayon, dans l'ordre de ces quinze étapes.

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